- La hijra (هجرة) signifie « délaisser » ou « émigrer » : c’est quitter un lieu pour préserver sa foi.
- Elle renvoie d’abord à l’Hégire, l’émigration du Prophète ﷺ de La Mecque vers Médine en 622, point de départ du calendrier musulman.
- Le Coran et la Sunna en font un acte d’adoration dont la valeur dépend de l’intention.
- Les savants distinguent l’émigration physique et celle du cœur, qui consiste à délaisser ce qu’Allah a interdit.
- Aujourd’hui, le mot désigne surtout l’installation d’un musulman dans un pays où il peut pratiquer librement.
La hijra désigne, en islam, le fait de quitter une terre pour une autre afin de préserver sa religion. Le mot renvoie d’abord à l’Hégire, l’émigration du Prophète ﷺ et de ses compagnons de La Mecque vers Médine en 622. Il garde aujourd’hui un sens spirituel et un sens concret. Voici sa définition, son origine et ce qu’en disent le Coran, la Sunna et les savants.
Hijra : définition et origine du mot

La racine arabe du terme
Le mot hijra vient de la racine arabe h-j-r (هجر), qui exprime l’abandon, la séparation ou la rupture. Son contraire est al-wasl, « relier ». Il désigne l’action de délaisser une chose matérielle ou immatérielle. Celui qui accomplit cette émigration est appelé muhâjir (pluriel muhâjirûn).
Les dictionnaires de la langue arabe décrivent ce concept comme une rupture volontaire. Le lien physique avec la terre natale se coupe par choix personnel. Cette définition linguistique englobe aussi l’abandon des mauvaises actions ou des péchés. Le sens premier reste toutefois lié au mouvement géographique d’un point vers un autre.
Le terme implique une démarche active et réfléchie. Le vocabulaire classique distingue ainsi le simple voyageur de celui qui accomplit cet acte d’abandon. La notion de sacrifice matériel accompagne souvent cette séparation physique.
La définition religieuse du terme
Dans le vocabulaire religieux, les savants retiennent deux sens. Le premier est concret : quitter une terre où l’on ne peut pas pratiquer sa religion pour une terre où on le peut. Le second est plus large : Ibn Hajar al-‘Asqalânî écrit dans Fath al-Bârî que l’émigration, au sens religieux, consiste à délaisser ce qu’Allah a interdit.
Ces deux sens ne s’opposent pas. Le déplacement géographique n’a de valeur que s’il s’accompagne d’un changement intérieur. C’est pourquoi elle est présentée comme un acte d’adoration, et non comme un simple déménagement.
À ne pas confondre avec les hijras d’Inde
Si tu tapes « hijra » dans Google, tu tomberas aussi sur les hijras d’Asie du Sud. Ce terme hindoustani désigne une communauté reconnue en Inde, au Pakistan et au Bangladesh comme un troisième genre. Il n’a aucun rapport avec le sens religieux traité ici.
L’Hégire : la hijra du Prophète ﷺ en 622

Les émigrations en Abyssinie
Avant Médine, il y a eu l’Abyssinie (l’actuelle Éthiopie). Vers 615, face aux persécutions des Quraysh, le Prophète ﷺ autorise un premier groupe de compagnons à rejoindre le royaume du Négus, un roi chrétien réputé juste. Un second groupe, plus nombreux, suit quelques années plus tard. Ces départs sont les premières émigrations de l’histoire de l’islam.
De La Mecque à Médine
L’histoire islamique associe surtout ce mot au départ du Prophète ﷺ de La Mecque vers Médine en 622, deux villes de l’actuelle Arabie saoudite. Les premiers musulmans ont quitté leur ville natale pour fuir les persécutions. Ils cherchaient un endroit sûr pour vivre leur foi ouvertement. Ils ont abandonné leurs biens, leurs maisons et parfois leurs familles.
Les compagnons partent d’abord par petits groupes vers Yathrib, qui prendra le nom de Médine. Le Prophète ﷺ quitte La Mecque en dernier avec Abû Bakr, pendant que ‘Alî dort dans son lit pour tromper ceux qui veulent l’assassiner. Les deux hommes se cachent trois nuits dans la grotte de Thawr, puis rejoignent Qubâ’ et enfin Médine.
La ville de Médine a offert un refuge et un cadre propice au développement de la communauté. Ses habitants, les Ansâr (« les auxiliaires »), ont accueilli les émigrés avec solidarité et partagé leurs biens avec eux. Cet épisode illustre la dimension communautaire de cette émigration. Aujourd’hui encore, des francophones s’installent dans la ville du Prophète ﷺ, comme Flavio qui raconte sa vie à Médine.
Le point de départ du calendrier musulman
Cet événement fondateur marque le début du calendrier musulman. Sous le califat de ‘Umar ibn al-Khattâb, les compagnons choisissent l’année de l’Hégire comme an 1, plutôt que la naissance du Prophète ﷺ ou le début de la révélation. Le Dictionnaire de l’Académie française définit d’ailleurs l’hégire comme l’ère musulmane qui débute en 622. Le calendrier hégirien est lunaire : l’année compte environ 354 jours et commence le 1er Muharram.
| Terme | Sens | Exemple d’usage |
|---|---|---|
| Hijra | Émigration pour préserver sa foi, ou abandon du péché | « Il a fait sa hijra au Maroc » |
| Hégire | Nom français de l’émigration du Prophète ﷺ en 622 | « L’an 1 de l’Hégire » |
| Muhâjir | Celui qui émigre pour sa foi | Les muhâjirûn de La Mecque |
| Ansâr | Les Médinois qui ont accueilli les émigrés | Les Ansâr de Médine |
| Hégirien (hijri) | Qui suit le calendrier musulman | « 1448 de l’Hégire » |
La hijra dans le Coran et la Sunna
Les versets sur la hijra
Le Coran évoque l’émigration à plusieurs reprises. Voici les principaux versets (sens rapproché) :
- An-Nisâ’ (4:100) : « Quiconque émigre dans le sentier d’Allah trouvera sur terre maints refuges et abondance. »
- An-Nisâ’ (4:97-99) : ces versets blâment ceux qui restent là où ils ne peuvent pas pratiquer, alors qu’ils en ont la capacité, et excusent les faibles.
- Al-‘Ankabût (29:56) : « Ô Mes serviteurs qui avez cru, Ma terre est vaste. Adorez-Moi donc ! »
- Al-Baqara (2:218) : la foi, l’émigration et l’effort dans le sentier d’Allah sont réunis : « ceux-là espèrent la miséricorde d’Allah ».
- At-Tawba (9:100) : Allah loue « les premiers devanciers parmi les Émigrés et les Auxiliaires ».
Les hadiths sur l’émigration
Le hadith le plus connu sur le sujet ouvre le recueil d’Al-Bukhârî. D’après ‘Umar ibn al-Khattâb, le Prophète ﷺ a dit : « Les actes ne valent que par les intentions […]. Celui dont la hijra est pour Allah et Son Messager, sa hijra est pour Allah et Son Messager. Celui dont la hijra est pour un bien de ce monde ou une femme à épouser, sa hijra est pour ce vers quoi il a émigré » (Al-Bukhârî n°1, Muslim n°1907).
Deux autres hadiths semblent se contredire. D’après Ibn ‘Abbâs : « Pas de hijra après la conquête, mais l’effort et l’intention » (Al-Bukhârî, Muslim). D’après Mu’âwiya : « La hijra ne cessera pas tant que le repentir ne cessera pas, et le repentir ne cessera pas tant que le soleil ne se lèvera pas de son couchant » (Abû Dâwûd n°2479, authentifié par Al-Albânî).
Les savants les concilient ainsi : le premier vise l’émigration depuis La Mecque, devenue terre d’islam après sa conquête en 630. Le second confirme que l’émigration, au sens général, reste valable jusqu’à la fin des temps.
Les formes de la hijra selon les savants

L’émigration physique
C’est le sens le plus connu : quitter une terre pour une autre afin de pratiquer sa religion. L’émigration en islam repose entièrement sur l’intention du croyant. Le départ vise la recherche de la satisfaction divine. Cette motivation intérieure différencie ce voyage d’un simple déménagement.
La sincérité de la démarche valide l’acte sur le plan religieux. La personne accepte de perdre une part de son confort matériel pour gagner en sérénité spirituelle. Le croyant place sa foi au centre de son projet de vie.
La hijra du cœur
Ibn al-Qayyim consacre son épître Ar-Risâla at-Tabûkiyya à la hijra du cœur. Selon lui, elle est double : une émigration vers Allah, par l’amour, la crainte et la confiance placés en Lui seul, et une émigration vers Son Messager ﷺ, en le suivant dans chaque affaire. Il la considère comme obligatoire à tout moment, pour chaque croyant.
Cette émigration intérieure ne demande ni visa ni billet d’avion. Elle se vit au quotidien, là où tu te trouves.
Délaisser ce qu’Allah a interdit
D’après ‘Abdullah ibn ‘Amr, le Prophète ﷺ a dit : « Le musulman est celui dont les musulmans sont à l’abri de la langue et de la main, et le muhâjir est celui qui délaisse ce qu’Allah a interdit » (Al-Bukhârî n°10). Ce hadith élargit son sens à chaque effort pour abandonner un péché ou une mauvaise habitude.
La hijra aujourd’hui : ce que le mot désigne
Chez les musulmans francophones, « faire sa hijra » désigne surtout le fait de s’installer dans un pays musulman pour y vivre selon ses valeurs. Une expatriation classique obéit souvent à des motifs professionnels ou climatiques. Ce projet place la pratique religieuse au centre. Le choix professionnel s’adapte alors aux contraintes géographiques, et non l’inverse.

Le croyant accepte parfois une baisse de revenus pour vivre dans un pays musulman. Voici les différences principales entre ces deux projets :
| Critère | Expatriation classique | Hijra |
|---|---|---|
| Motivation première | Carrière ou cadre de vie | Pratique de la religion |
| Choix du pays | Opportunités économiques | Pays où l’on pratique librement |
| Horizon temporel | Souvent temporaire | Généralement définitif |
| Critère de réussite | Évolution professionnelle | Épanouissement spirituel |
Les destinations varient selon les profils. Nos lecteurs partagent leur expérience :
- au Maroc, avec Zakaria et sa hijra à Tanger ;
- en Égypte, avec Yacine installé au Caire ;
- en Tunisie, avec Bader à Tunis ;
- en Malaisie, avec Asma à Kuala Lumpur.
Pour une vue d’ensemble par région, consulte nos guides vivre en Afrique et faire sa hijra en Asie.
Le récit de l’Hégire continue d’inspirer ceux qui envisagent de changer de pays. Il rappelle que le départ se prépare, comme le Prophète ﷺ l’a lui-même préparé, et qu’il repose sur la confiance en Allah.
Faire sa hijra : obligation et choix du pays
Son statut dépend de ta situation. Ibn Qudâma distingue dans Al-Mughnî trois cas :
- Obligatoire pour celui qui ne peut pas pratiquer sa religion et a les moyens de partir.
- Recommandée pour celui qui peut pratiquer sa religion mais cherche un meilleur environnement.
- Non exigée pour celui qui en est incapable (maladie, contrainte, faiblesse).
On détaille les avis des savants dans notre article faire sa hijra ou s’expatrier.
Pour le choix de la destination, notre comparatif t’aide à savoir quel pays musulman choisir. Tu trouveras aussi des retours d’expérience sur le blog sur la hijra.
Questions fréquentes
Que signifie hijra en arabe ?
Hijra (هجرة) vient de la racine h-j-r, qui signifie délaisser, se séparer ou émigrer. En islam, le mot désigne le fait de quitter une terre pour préserver sa foi, ou d’abandonner ce qu’Allah a interdit.
Quelle différence entre hijra et Hégire ?
L’Hégire désigne spécifiquement l’émigration du Prophète ﷺ de La Mecque vers Médine en 622. Ce mot s’écrit avec une majuscule quand il nomme le début du calendrier islamique. La hijra est le terme général, qui s’applique aussi à toute émigration pour sa religion.
En quelle année a eu lieu l’Hégire ?
L’Hégire a eu lieu en 622 de l’ère chrétienne. Cette année est devenue l’an 1 du calendrier musulman, sur décision du calife ‘Umar ibn al-Khattâb.
Qu’est-ce que la hijra du cœur ?
C’est l’émigration intérieure décrite par Ibn al-Qayyim : se tourner vers Allah par l’amour, la crainte et la confiance, et suivre Son Messager ﷺ. Elle consiste aussi à délaisser les péchés, et chaque croyant peut la vivre là où il se trouve.
La hijra est-elle obligatoire ?
La réponse dépend de la situation personnelle du croyant. Le départ devient obligatoire si la personne ne peut plus pratiquer sa foi et qu’elle a les moyens de partir. Il reste recommandé si le musulman cherche simplement un meilleur environnement spirituel.
Hijra et expatriation, c’est la même chose ?
Non. L’expatriation répond surtout à des raisons professionnelles ou personnelles. Elle est motivée d’abord par la pratique de la religion, et sa valeur dépend de l’intention de celui qui part.
